Introduction

Texte issu du catalogue du 55ème Salon de Montrouge

Les peintures de Matthieu Weil, ce sont toujours de grands formats qui induisent un rapport au corps vécu ; qui imposent une confrontation en prise directe. À la fois surface et objet existant, la toile ne peut se dérober sous l’effet de la représentation : elle est avant tout une matérialité tangible, sensible, ainsi que l’a précisément définie Maurice Denis « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » (1). Cette citation, aussi entendue soit-elle, est d’autant plus fondamentale qu’elle relève la tension qui travaille l’œuvre de Matthieu Weil entre abstraction et figuration, comme deux notions inséparablement constitutives de la peinture. Plus actuellement c’est aux Abstraktes Bild du peintre allemand Gerhard Richter qu’aime à se référer l’artiste, en ce sens que leur insécabilité est réunie dans le titre même. Pour Matthieu Weil, leur différenciation reviendrait à confronter la peinture à l’insuffisance de chacun de ces deux types de représentations et, par conséquent, de faillir à son achèvement: la production d’une image, une présence, qui arrache le spectateur à sa propre condition.

À l’origine des tableaux de Matthieu Weil, il y a une capture photographique, un instantané, qui saisit en plusieurs temps les variations de lumières, de vie, sur des objets délaissés par notre regard. Des bouts de trottoirs, des gravats ou amoncellements d’objets indistincts qui sont autant de résidus marqués par la présence humaine. Les captures que réalise Matthieu Weil sont des documents utiles à une composition future. Procédant par assemblage, ou plus précisément par montage, il s’agit en fin de créer le surgissement simultané de plusieurs temps et espaces. Pour concentrer le réel et décentrer la question pure de la représentation vers le « faire image ». Travaillé par sous-couches, par stratifications, l’espace des représentations devient une unité de temps et de lieu ; une réminiscence ramassée de la mémoire où la persistance aurait agit pour vider les signes de leur sens initial, et où seule resterait le souvenir d’une expérience. Cette peinture s’affirme ainsi comme une véritable réflexion sur l’expérience du réel et prend clairement le parti de l’image. Pourtant elle ne s’envisage en aucun cas comme un simulacre. Elle est du côté du cénotaphe, hommage abstrait au réel ; souvenir éminemment vide mais qui pourtant continue à faire signe.

Leslie Compan

 

 

(1) Maurice Denis « Définition du Néo-traditionalisme », Revue Art et Critique, 30 août 1890.

 

 

Contre l’image par Jill Gasparina

A propos de la série Quai Saint Antoine par Jenny Lauro Mariani

Le sensible en partage par Jenny Lauro Mariani