A propos de la série Quai Saint Antoine

 

La démarche de Matthieu Weil va à l’encontre de la conception du tableau comme fenêtre sur le monde. Il n’est pas question de concevoir ces peintures comme un substitut de la réalité, mais bien plutôt comme les traces d’un désir de réel. Propice à la contemplation, ce travail accepte mal qu’on y colle un discours préétabli, bien moins encore qu’on tente de le confondre avec une idéologie quelconque.

Le réalisme optique du prime abord, invite le regardeur à mesurer l’écart qui se crée quand se révèle à lui, en s’approchant, le second mouvement de ces toiles, la mise en valeur de la présence de la matière. Ainsi, deux temps et deux conceptions cohabitent : La figuration, d’une part, les tableaux sont construits à partir d’une reproduction réaliste de photographies prises et recadrées par le peintre, l’abstraction, d’autre part, qui en y regardant de plus près, nous fait découvrir différentes touches autonomes et formes éclatées qui s’émancipent sous nos yeux. Des toiles que l’on pourrait après coup considérer comme abstraites étant donné que la représentation s’efface au profit de l’élargissement de notre perception, et que c’est une des grandes raisons d’être de l’art abstrait de proposer une forme d’art qui ne soit pas récupérable du point de vue idéologique. Laissant le regard libre face à des objets singuliers ou l’on ne peut reconnaître ni message, ni image préconçu. 
Deux plans s’affrontent : la verticalité du support, l’horizontalité du sujet, et nous ramènent à la réalité essentielle de la toile en tant que surface. Tandis que l’utilisation du geste déjoue l’image, en faisant un avec ce qu’il représente, le mouvement. À la fois moyen et fin, le geste est ici la condition pour rétablir un rapport sensuel à la peinture et faire advenir le sensible, j’entends par là, ne pas étouffer la sensation au profit d’outils conceptuels. En cela il s’oppose à Panofsky. Pour lui le geste est un outil symbolique, iconographique, un signe qui serait, à l’image des mots, non pas considéré pour ce qu’il est mais pour ce à quoi il fait allusion. 
Ce dont témoigne l’usage du reflet comme sujet, supposé que l’on veuille bien admettre l’art comme un miroir de son temps, c’est du questionnement de l’image et de son usage. Puisque même en prise avec une époque marquée par le processus d’appauvrissement de celle-ci, l’image reste le moyen que nous avons de sentir l’existence. Les reflets naissent là où se pose la lumière, ils sont en peinture ce qui est ou rend vivant, preuve de la vie, et irréductible image de l’apparence à la fois.

La grande force de ce travail est de rendre à une image du quotidien sa richesse, sa valeur singulière, sans tenter de dicter aucun comportement à celui qui regarde sinon d’éprouver la présence du temps. L’objectif est clair : essayer de communiquer simplement le silence nécessaire à une réflexion sur nous-mêmes, l’art et le monde qui nous entoure, par la contemplation de la matière picturale.

Jenny Lauro Mariani

 

 

Introduction par Leslie Compan

Contre l’image par Jill Gasparina

Le sensible en partage par Jenny Lauro Mariani